Ce pays de mystère et de légende, il y a 3000 ans, faisait l'admiration de toute la péninsule arabique grâce à ses richesses, sa situation géographique et climatique favorable. On comprend aisément pourquoi cette "Arabie heureuse" a fasciné tant d'aventuriers, d'écrivains et d'archéologues. Y organiser un voyage à VTT n'est pas une mince affaire : Il n'existe ni carte d'état major, ni carte routière détaillée, mentionnant les pistes praticables. Aussi, arrivés à San'â, le recours à un guide est-il nécessaire pour dénicher la bonne voie, parmi les dizaines de pistes. C'est donc Abdoulkrim qui conduira le 4x4 transportant les sacs, les pièces de rechange, la nourriture, l'eau et le couchage...
Palabres et Kalachnikov
Notre premier but est d'atteindre à VTT le village de Shahâra, au sommet du djebel du même nom.. Cela peut sembler simple, mais les faits vont bientôt nous prouver le contraire. Pour se rendre à Shahâra à partir de Al Gabei, il n'existe qu'une piste, vertigineuse et défoncée. Cet accès est contrôlé par une tribu locale qui a la mainmise sur le droit de passage. Par malheur nous venons de passer la nuit dans un foundouk (gîte local sommaire) qui n'appartient pas à cette bande... Aïe, les ennuis commencent. Tout le monde à vu ou lu des reportages sur les farouches guerriers yéménites, portant djellaba, veste de costume, kéfie autour de la tête, poignard (jambiya) à la ceinture et Kalachnikov en bandoulière. C'est pittoresque, mais se retrouver coincés entre deux groupes de furieux armés, se disputant la manne financière représentée par une équipe de vététistes, c'est une autre histoire ! Si nous décidons de dormir chez les uns, les autres menacent de bloquer la route, situation d'autant plus inextricable que ces gars semblent prêts à en découdre; les fusils ne sont pas loin... Au milieu des hurlements, le pauvre Abdoulkrim doit négocier ferme pour calmer les esprits... Finalement, le qât (feuille d'un arbuste de la famille des caféiers) mâché par les Yéménites détend l'atmosphère. C'est gagné, nous avons un toit pour la nuit.
A l'assaut du djebel Shahâra
Le lendemain, très tôt, pour éviter un peu la chaleur, tout le monde est prêt à tenter la liaison Al Gabei - Shahâra. Alors que les Yéménites, l'oeil goguenard, nous regardent partir sur nos drôles de vélos, le soleil levant illumine de pourpre cette paroi qui nous défie du haut de ses 1200 mètres d'à-pic. Nous allons apprendre que ce n'est pas pour rien que Shahâra a toujours été considéré comme un fief imprenable, depuis les premières invasions ottomanes au 16ème siècle, jusqu'à la guerre civile entre Nord et Sud Yémen de 1962 à 1970. La chaleur devient vite infernale et la pente terrible. La piste est pavée de mauvaises pierres disjointes, usantes pour les mécaniques et les organismes. Ces 12 kilomètres de lacets sans fin nous donnent un sacré spectacle ! D'un côté l'imposant djebel Shahâra et de l'autre, à mesure que nous nous élevons, la vision grandiose de la vallée constellée de villages. Après 3 h 30 d'efforts, au grand étonnement des habitants qui n'ont jamais vu quiconque arriver ici à vélo, nous franchissons la porte de Shahâra. Depuis ce nid d'aigle, le point de vue est à couper le souffle. Le village est magnifique et représentatif de l'architecture traditionnelle de ces montagnes. De là, on peut apercevoir à la jumelle, dans les djebels du Nord, les nombreuses pistes qui relient entre eux les hameaux perchés. Unanimes, les gens d'ici nous dissuadent de poursuivre dans cette direction : dans les territoires compris entre le djebel Shahâra et l'Arabie Saoudite les quelques tribus qui y vivent ne sont pas spécialement hospitalières. Nous décidons de rebrousser chemin pour, à partir de Amran, explorer des contrées plus calmes.