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Olivier Leclerc, notre compagnon de voyage, a réalisé un superbe carnet de voyage sur notre dernier périple en Ethiopie.

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Episode 2
Texte et images Olivier Leclerc

Hospitalité

Pour gagner Hajjah, depuis Amran, la montée du col culminant à 2700 mètres, dévoile un paysage composé de multiples villages, de cultures en terrasses; le tout couronné par les crêtes déchiquetées des djebels, à perte de vue... Derrière, voici venir la gâterie : une descente aussi vertigineuse que l'ascension fut copieuse, prise plein gaz. Dans le fond de la vallée, atteinte vers midi, alors que se profile l'ascension vers Hajjah, un rassemblement de yéménites bloque la route. Abdoulkrim nous explique qu'il s'agit d'un mariage, et que nous y sommes conviés...
Contrairement à Al Gabei et à Shahâra, ici l'accueil est incroyablement chaleureux. Fiers, nous partageons ces moments avec l'heureux époux, âgé d'une quinzaine d'années. Alors que les hommes mangent, la jeune mariée, âgée de 10 - 12 ans, se fait farder, habiller et parer de bijoux avant d'être conduite au domicile de son époux, qu'elle n'a peut-être rencontré qu'une seule fois auparavant... Après le repas, ont lieu les danses traditionnelles, avec jambiya et Kalachnikov. Puis, tandis que les enfants jouent dehors, les hommes retournent sous la tente pour mâcher le qât. Comme cette activité risque de les occuper le reste de l'après-midi, nous décidons de reprendre la dure ascension qui nous attend : 1000 mètres de grimpette dans la fournaise. Jambes et estomacs lourds, nous gravissons péniblement les lacets qui nous mènent à Hajjah à 1700 mètres d'altitude, dans un paysage de rêve, écrasé de lumière.



La traversée du djebel Miswar

La traversée du djebel Miswar est pure folie, on nous l'avait bien dit; mais les découvertes sont extraordinaires... Dès la sortie de la ville, une descente infernale nous propulse dans les profondeurs de la vallée. Nous venons de dévorer la partie la plus cool de cette étape. Après le pourcentage de la piste devient impressionnant. La progression est lente et douloureuse s'ajoutant encore à la fatigue. Notre seul réconfort vient de la beauté du paysage et de l'accueil de la population montagnarde. Même les fusils ont tendance à disparaître. Dans chaque minuscule village, le passage de l'équipe déclenche la curiosité. Nos VTT font beaucoup d'effet aux enfants, c'est bien compréhensible lorsque l'on voit à quoi ressemblent leurs quelques vélos. La piste devient de plus en plus chaotique, la chaleur se fait écrasante.
Heureusement, à l'heure du bivouac au fond d'une vallée fertile, un excellent repas préparé par Abdoulkrim, et un clair de lune enchanteur, nous plongent dans un état proche de la béatitude...

Dur, dur !



Cette journée sera la plus copieuse de notre séjour. Les altimètres sont formels : 3000 mètres de dénivelé ont été gravis. Les sommets noyés dans la brume de chaleur, semblent narguer ces six fous qui s'échinent à avancer. Même les 4x4 locaux ne s'aventurent qu'en cas d'extrême nécessité dans ces montagnes. Malgré un entretien quotidien, le matériel commence lui aussi à accuser le coup : crevaisons, grippage des éléments mobiles, amortisseurs souffrants...
Pédaler quelques mètres, pousser, porter, remonter en selle, boire, profiter de la moindre tache d'ombre, serrer les dents, pédaler, pousser et porter encore... Tel est notre chemin de croix. Enfin, la route qui mène à At Tawila marque la fin de cette piste démente. Nous venons de réussir la première traversée du djebel Miswar à vélo tout-terrain.

Trésors de la nature

Après une bonne nuit réparatrice, on s'attendait à une étape cool. C'est vite oublier que dans ce pays, ça monte encore et toujours... La petite sortie "pépère" commence par 20 km de montée, sous un soleil de plomb. A 3000 mètres d'altitude, le paysage est lunaire. Le plateau de Kawkabân est un désert de pierres, battu par des vents violents. C'est merveilleux de voir la moindre parcelle de terre cultivée avec une volonté farouche, telle un trésor !
Plantés dans cette immensité, des abris sont disséminés, prêts à recueillir hommes et bêtes surpris par de fréquents et soudains changements climatiques, dangereux à cette altitude. Agrippé à l'extrême bord du plateau, la cité de Bukur offre une vue à couper le souffle : comme vues d'avion, des cultures en terrasse se profilent environ 1000 m plus bas.
Le trajet se poursuit sur l'austère plateau où errent quelques hyènes et chacals. Soudain, dans la chaude lumière de fin d'après-midi, la piste plonge : le plateau se termine ici, dévoilant en contrebas un gigantesque cirque abondamment cultivé, avec au loin la petite ville de Shibâm, terme de l'étape du jour.

Les tropiques à la montagne

Partant de Al Mahwit, une vraie piste permet de rejoindre Al Ramis. Comme d'habitude, le village est sur un promontoire. Le départ consiste donc en une belle et longue descente de 2000 mètres de dénivelé, jusqu'à l'altitude de 600 mètres dans le Wâdî Sari.
On a alors l'impression d'avoir changé de pays. D'un climat chaud et sec, on se retrouve plongé dans la moiteur humide des tropiques.
Pendant 35 kilomètres, nous suivons l'oued au milieu des bananiers, papayers, orangers bambous ou euphorbes. La faune est ici également abondante, contrairement au reste du pays où la chasse est reine.
Progresser dans le lit de la rivière est délicat : les galets se dérobent sous nos crampons et il faut souvent passer dans l'eau quand la végétation a envahi les rives.
Il est fascinant d'observer avec quelle ingéniosité et quelle méticulosité l'eau si précieuse est détournée par des rigoles de pierres et de terre, afin d'aller irriguer toutes les plantations du wadi. Ici, pas une seule goutte n'est gaspillée.
Le soir, délice suprême, le bivouac est proche d'un point d'eau où viennent se ravitailler toutes les familles des environs. Jusqu'à présent, les femmes se dispersaient comme une volée de moineaux. Mais ici les jeunes filles qui travaillent aux champs semblent avoir plus de liberté. Elles ne s'enfuient pas, et laissent même des yeux masculins, et étrangers de surcroît, scruter leur fort jolis visages.

A suivre...

 
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