Les 200 mètres de dénivelé en descente d'hier, il faut les faire aujourd'hui en montant pour gagner Al Hajjara, au-dessus de Manâkha. La pente est sévère mais régulière et les kilomètres défilent à bonne allure jusqu'à Manakha puis Al Hajjara. Ces villages sont situés en plein coeur du Djebel Harâz, l'une des plus belles, des plus chaleureuses et des plus touristiques régions du Yémen. Partout sur les crêtes, des villages perchés défient les lois de l'équilibre, la plupart du temps inaccessible à vélo. Toutes ces habitations, parfaitement intégrées à leur environnement, sont autant de bastions conçus pour repousser d'éventuels assaillants. Al Hajjara, terme de ce raid, est l'exemple type de cette architecture. La citadelle du 12ème siècle est posée au sommet d'une falaise. Creusés à l'intérieur de celle-ci, des citernes et des greniers souterrains permettaient aux habitants de soutenir des sièges de plusieurs mois. Nos deux derniers jours, seront consacrés à visiter la capitale San'â, à l'architecture si frappante. Après s'être égarés dans les ruelles du souk, et avoir admiré l'architecture des maisons-tours ornées de leurs frises en briques, de leurs fenêtres minuscules et de leurs vitraux qui - éclairés la nuit - donnent à la ville une allure de conte des mille et une nuits, on comprend pourquoi cette cité fascine ses visiteurs depuis des siècles.
Raid
Dans le Wädi Sari, vallée au climat tropical, des singes, des serpents, des dromadaires et de nombreux oiseaux venaient égayer le parcours. Le seul représentant du règne animal qu'il eut mieux valu ne pas rencontrer est un énorme frelon qui eut la très mauvaise idée de venir piquer Jacques sur la poitrine après s'être introduit dans le col de son tee-shirt. Grosse douleur et grosse frayeur...Mais au moins cet incident a permis de vérifier que l'Aspivenin n'est pas seulement efficace pour les serpents.
Le masque tombe
A Shahâra, dans l'hôtel où nous passons la nuit, se produit un évènement incroyable. Une jeune femme dévoile son visage et ose même parler à des hommes, sans crainte ni gêne. Elle sera la première et la seule femme avec qui un dialogue pourra s'établir. Elle exprime discrètement, hors de la présence de son père et de ses frères, la difficulté de la condition des femmes qui sont sous le joug des traditions les plus intégristes, et ce, bien que la constitution nationale accorde aux femmes et aux hommes les mêmes droits.
A l'heure du bilan
Nous avons tous été subjugués par la beauté sauvage des paysages et par l'hospitalité spontanée rencontrés tout au long des 700 km parcourus. Bien sûr, le long des grands axes il est arrivé que des enfants mal intentionnés nous jettent des cailloux, mais ces malveillances ne sont pas représentatives de la gentillesse et de l'accueil des yéménites qui, en règle générale, aiment beaucoup les français. En ce qui concerne le VTT le bilan est un peu plus nuancé. Le gros handicap fut l'absence de carte d'état major qui permette d'appréhender la difficulté réelle des pistes. Ces informations éviteraient à ceux qui veulent tenter l'aventure, de s'engager dans des circuits inadaptés aux VTT, où le plaisir est un peu gâché par l'impossibilité de rouler. Cependant ces inconvénients, largement compensés par les aspects positifs, ne doivent pas rebuter les éventuels amateurs. Le Yémen offre des espaces infinis pour les vététistes de tous niveaux, du randonneur tranquille au sportif le plus exigeant et affûté. De toute façon, quelle que soit la difficulté recherchée, ceux qui aiment les pays authentiques réservant des sensations fortes, tomberont sous le charme du Yémen.