Après des raids en Sierra Nevada, en Russie, dans le Haut Atlas marocain, au Yemen sur la route de l'encens, en Chine et au Pakistan sur la route de la soie, puis en Asie du sud-est, un groupe d'Alsaciens a poursuivi sa découverte du monde à VTT avec un raid éprouvant sur l'Altiplano, entre la Bolivie et le Chili. Leur journal de bord retrace ce périple.
Le premier jour La Paz. Bolivie
En ce petit matin frisquet, nous sortons de l'aéroport de méchante humeur : nos bagages et les vélos manquent à l'appel...L'ambiance est plutôt morose dans l'équipe. Avec Claude Casterot, Thierry Lienhardt et Christophe Buffler, nous savons bien que, le temps de tout récupérer, nous allons devoir bouleverser notre plan de route. Nous décidons donc de supprimer la partie du raid prévue au Pérou le long du lac Titicaca. Nous filerons directement dans le parc national de Sajama, à 300 kilomètres au sud-ouest de la capitale bolivienne. Ce sera le nouveau point de départ de notre périple entre Bolivie et Chili. Mais ce sont surtout les deux jours minimum d'acclimatation nécessaires à l'effort en altitude qui vont nous manquer. Dans le meilleur des cas, nous roulerons sur les routes de l'Altiplano à 3700 mètres au moins au-dessus du niveau de la mer. Et on a beau s'être entraîné pendant des mois, les sommets arrondis des Vosges ne peuvent pas préparer à l'atmosphère des plateaux andins. On ne pourra rien faire pour éviter que, les premiers jours, l'oxygène ne nous fasse cruellement défaut... La première journée est d'ailleurs une épreuve. Cinquante kilomètres entre 4100 et 4300 mètres, dans une espèce de cendre volcanique qui se dérobe sous les pneus... L'Altiplano bolivien est avec le Tibet l'endroit habité le plus élevé du globe. Les gens d'ici sont habitués à l'altitude et aux conditions de vie extrêmes. Leurs activités sont essentiellement pastorales, grâce aux troupeaux de lamas qui fournissent nourriture et laine. Nous rencontrons aussi quelques gracieuses vigognes. La douceur de leur laine a failli les perdre. Mais elles ont réussi à échapper à l'extermination. Pour clore cette première journée, nous dressons notre campement tout près de sources chauffées par la lave qui bouillonne sous la croûte terrestre, pas si loin sous nos pieds. Le bain que nous nous offrons permet d'effacer les fatigues de la piste.
Deuxième jour
La montagne dont les soldats sont des enfants Debout vers 5 h 30, nous constatons qu'il fait moins 9° C, et que les "camel bags" comme les chaussures mouillées imprudemment laissées dehors sont gelés et durs comme la pierre. Le petit-déjeuner expédié, nous levons le camp. Mais à 7 heures, il fait encore un froid bien trop vif pour rouler. Nous nous promettons de ne pas commettre la même erreur le lendemain. La cendre volcanique se dérobe sous nos pneus... Plus loin avec Intersport Haguenau et Schweighouse Ce raid sur l'Altiplano a pu être réalisé grâce à un partenariat avec Intersport Haguenau et Schweighouse, qui a fourni le matériel et les pièces de rechange. Une trousse d'outils nécessaires au montage et au démontage complet des VTT était aussi comprise dans le lot, mais elle a disparu dans le transfert entre Paris, Mexico, Miami et La Paz. Dans le 4 x 4 qui suivait les VTT, les coureurs disposaient de chambres à air, de pneus, d'une pompe, d'une selle et d'une tige de selle, de rayons, d'un groupe dérailleur et d'un groupe de frein Shimano XTR, ainsi que de l'huile et des brosses indispensables au nettoyage et à l'entretien courants. A part quelques crevaisons, les coureurs n'ont eu aucun souci. Adossée aux contreforts d'une montagne pelée, Sabaya est une ville fantôme battue par les vents.
Impossible de garder un rythme régulier sur ce terrain recouvert de cendres et de sable. En plus, il change de consistance tous les 100 ou 200 mètres. Quand le sable est trop fin, il faut mettre pied à terre pour pousser les vélos. Lorsque la piste est dure, elle ressemble fâcheusement à de la tôle ondulée, quand elle n'est pas labourée de profondes ornières impropres au VTT... Nous quittons le parc national pour pénétrer dans le désert andin du district d'Oruro, une des régions les plus pauvres de la Bolivie. A 4000 mètres d'altitude, c'est un gigantesque plateau, cerné de volcans enneigés, où ne semble pousser que des touffes d'herbes piquantes. Tout à l'air calme et immuable, mais les fumerolles qui s'échappent de certains sommets montrent que cette sérénité n'est qu'apparente. A tout instant, les entrailles fumantes de la terre peuvent jaillir dans un flot dévastateur. De loin en loin, perchées sur les hauteurs et exposées à l'est, d'anciennes tombes indiennes datant du XVe ou XVIe siècle font face au soleil levant. Elles sont formées de blocs de briques de terre. Lorsqu'elles n'ont pas été pillées, les ossements qui y sont encore donnent une idée, par le nombre et la petite taille des crânes, de la mortalité infantile de l'époque. Comme souvent, plus les tombes sont hautes, plus le rang social des morts dans la communauté était imposant. Après 85 kilomètres, nous arrivons au village de Macaya. Des militaires, en poste dans ce fort du bout du monde, nous font bon accueil. Les soldats essayent nos vélos, dont le faible poids les sidère, puis nous invitent à boire le café. Nous installons le bivouac près du lac Poitosi, au sortir du village. A part la poignée de gradés qui commandent la place, nous découvrons avec stupéfaction une armée de petits soldats âgés de 15 à 18 ans. Ils sont quelques dizaines dans la caserne, appelés ou engagés, censés surveiller la frontière avec le Chili, qui passe à quelques kilomètres. On peine à imaginer que ce fortin, plutôt sommaire et perdu entre les deux pays, puisse représenter une quelconque défense avec ces soldats encore enfants, habillés de bric et de broc, en guise de première ligne. On dirait plutôt un campement d'adolescents rigolards...
Troisième jour
Dans l'enfer des mini-tornades Le lendemain matin, profitant de l'expérience, nous attendons les premiers rayons du soleil pour nous lever, déjeuner et monter en selle. Dès le départ, nous choisissons, parmi la multitude de pistes qui partent vers le néant, une mauvaise option et nous voilà obligés de rebrousser chemin. L'après-midi, le vent se lève et soulève la poussière. Parfois des mini-tornades aspirent la cendre volcanique vers le ciel, traçant leur chemin fou pendant quelques centaines de mètres. Ce régime d'enfer va durer deux jours, seulement entrecoupés par un bivouac sommaire, ou chacun s'écroulera dans son sac de couchage, épuisé et hagard. Après coup, la réflexion unanime est que ces deux étapes auraient mérité une liaison dans le 4 x 4 d'assistance...