Sabaya, ville fantôme Adossée aux contreforts d'une montagne pelée, Sabaya est une ville fantôme, battue par les vents du désert, dont les couleurs ont été avalées par la poussière. Les maisons de briques disjointes, pour la plupart abandonnées, laissent entrevoir le dénuement de la région. Nous trouvons pour dormir une chambre sans eau ni toilettes. Environ 300 personnes vivent ici, mais leur nombre peut atteindre le millier lorsque les travailleurs saisonniers arrivent avec femmes et enfants. Faisant voler papiers et sacs plastique, les bourrasques s'engouffrent dans les rues rectilignes. En oubliant les poteaux électriques qui éclairent parcimonieusement la nuit, on se croirait dans un western de série B. Jadis, le sous-sol de ce pays regorgeait, en quantités astronomiques, de métaux précieux. Les mines d'or exploitées du XVIe siècle par les Espagnols firent affluer en Europe de telles quantités de richesses que la Bolivie est indirectement responsable de la naissance du capitalisme sur notre continent.
Septième jour
La route du sel Le lendemain, réveil à 5 heures pour rejoindre le Salar de Coipasa. L'état de la piste ne s'améliore pas. Mais, le but atteint, nous sommes amplement récompensés de nos peines en découvrant la blancheur immaculée du Salar. En comparaison de la piste infernale, c'est une véritable jouissance de rouler sur cette surface plate comme la pain. L'épaisseur de la croûte peut varier de quelques centimètres à plusieurs dizaines de mètres. La réverbération du soleil y est terrible. Des ouvriers arrachent le sel à coups de barres à mines, pour quelques francs par jour, sans une paire de gants ou de lunettes de soleil.
Neuvième jour
Passer la frontière
Passer les frontières est un exercice aléatoire en Amérique latine. Première étape : le contrôle d'immigration. Deuxième bureau : la douane. Déclaration de passage pour les vélos, les appareils photos et surtout la voiture. Comme nous ne sommes pas propriétaires du 4 x 4, il faut à chaque fois expliquer à qui il appartient, et surtout ce qu'il fait là. Les douaniers ne comprennent pas pourquoi trois fous s'arrachent les poumons sur des vélos alors qu'une voiture les accompagne ! Bref, de nombreuses minutes de palabres et une bonne dizaine de tampons plus tard, changement de pièce. Maintenant, il faut trouver le préposé à l'ouverture de la barrière. Il notera le numéro de permis de conduire international, percevra une taxe d'environ 10 francs, tamponnera quelques formulaires et, s'il le trouve, donnera l'ordre à l'un de ses surbordonnés de lever l'obstacle. Il peut aussi survenir un gradé, qui vous demandera de payer un écot de 30 bolivianos au profit d'on ne sait qui. Le Pérou présente une variante originale : il y a un contrôle sanitaire et l'on désinfecte les roues des véhicules. Une précaution payante, bien entendu. Le poste frontière de Pisiga marque un brusque changement entre deux pays aux développements économiques dissemblables. Les routes principales sont asphaltées, les pistes praticables, il y a des indications kilométriques et - luxe suprême ! - les directions des villes et villages principaux sont clairement indiquées sur des panneaux plantés à des endroits visibles. L'autre surprise, c'est le changement de paysage. Nous sommes pourtant toujours à 4000 mètres d'altitude, non loin de la Bolivie, mais le paysage est moins aride. Ce doit être l'influence de l'Océan Pacifique, à peine distant de 200 kilomètres.