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Olivier Leclerc, notre compagnon de voyage, a réalisé un superbe carnet de voyage sur notre dernier périple en Ethiopie.

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Episode 3
Texte et images Olivier Leclerc

Onzième jour

Un jacuzzi naturel

Le chemin s'élève interminablement pour déboucher à 4700 mètres sur le col. Même si la piste est bonne, le souffle est court et la poitrine serrée par l'étau de l'altitude. A 4500 mètres, nous tombons en arrêt devant un bosquet de jenoa. Ce sont les seuls arbres capables de survivre à cette altitude. A peine hauts de deux mètres, ils ressemblent à de grands bonzaïs torturés par les vents et sont presque tous centenaires. Leur bois, imputrescible, sert depuis toujours à la construction de charpentes pour les maisons traditionnelles et les églises de ces hautes contrées. Après le col, nous entamons la longue descente vers le Salar de Surire. Quelques kilomètres avant le lac salé, nous voyons une colonie de wiskachas, aussi appelés "lièvres des Andes". Ils leur ressemblent en effet beaucoup, mais sont pourvus de courtes oreilles et d'une queue identique à celle d'un écureuil. Au sud du lac se trouve le termas de Polloquere, une source d'eau chaude près de laquelle nous stoppons. A peine le soleil disparu, la température chute sévèrement : nous nous réchauffons en plongeant dans une eau qui jaillit à plus de 60°C. Couchés dans l'eau brûlante, nous regardons le ciel s'assombrir et les nuages se transformer en rubans incandescents dans le bleu outre-mer du firmament. La sortie de la "baignoire", en plein vent, alors que le thermomètre ne doit pas être loin de 0°C, est vraiment tonifiante. La nuit, en revanche, est pénible. Nous sommes trop proches de la source. Les vapeurs de soufre s'ajoutent à l'altitude et à la fatigue pour rendre l'atmosphère étouffante.

Douzième jour

Le mal des montagnes
A six heures du matin, comme tous les jours, il fait moins 10°. Devant nous, dans l'air glacial et figé, la source fume comme un gigantesque chaudron bouillonnant. De loin en loin, des fumerolles découpées par le soleil percent la croûte salée du lac et s'élèvent, légères comme un souffle, vers l'azur. Des vigognes se réchauffent près des orifices de sortie, se détachant à contre-jour devant les fumées souffrées. En longeant le lac, nous jetons un dernier regard à la faune qui pullule autour et sur les eaux libres du Salar.
Nous sommes dans le parc national de la Vicunas, d'une superficie de 200 000 hectares, destiné à protéger les vigognes. On peut aussi y voir des renards, des alpagas, des guanacos, des lamas, des canards, des oies et des flamants roses. En ce qui concerne la flore, la grande curiosité est une sorte de mousse géante appelée llareta. Dure comme les rochers sur lesquels elle s'accroche, elle ressemble à une grosse pustule verte. Cette spécificité locale a failli disparaître car elle est gorgée de résine, ce qui en fait un combustible de chauffage idéal. Il fut un temps où elle a même remplacé le charbon dans les chaudières des locomotives de l'Altiplano - une ligne aujourd'hui disparue.

Les deux jours suivants nous mèneront jusqu'à Putre. Interminablement, la piste déroule son ruban gris sous nos roues. Les énormes camions chargés de sel provenant du Salar de Surire laissent derrière eux un nuage de poussière fine qui nous fait tousser et suffoquer.
Thierry est mal en point depuis un moment. Nous ignorons s'il s'agit du mal de l'altitude mais nous jugeons plus prudent de lui accorder une journée de repos dans un climat et à une hauteur moins extrêmes. Le mal des montagnes peut frapper n'importe qui, n'importe quand, même l'alpiniste le plus chevronné, au-dessus de 4000 mètres. Cela commence par un sévère mal de tête et peut dégénérer en oedème pulmonaire ou en oedème cérébral, et entraîne la mort si le malade ne redescend pas au plus vite à une altitude raisonnable. Inutile de dire que nous ne voulons prendre aucun risque.

Quinzième jour

En dessous du volcan
Bien que Putre soit encore à 3500 mètres, nous percevons immédiatement la différence.Thierry se sent rapidement mieux. Putre est une petite ville pré-hispanique qui nous offre une journée de détente
Dès le lendemain, Thierry peut remonter en selle vers le lac de Chungara, à 4500 mètres d'altitude. A la sortie de la ville, il nous faut franchir le col qui rejoint le plateau à 4200 mètres. Il ne fait pas beau, l'atmosphère est oppressante. Lorsque nous arrivons, le volcan Parinacota qui plonge dans le lac, semble lui aussi, malgré ses pentes enneigées, sinistre et désolés. Nous sommes maintenant au terme du voyage. A l'extrémité du lac se trouve le poste frontière vers la Bolivie et lorsque nous le franchissons, demain, ce sera pour retourner à La Paz et quitter l'Amérique du Sud.
Pour finir en beauté, nous décidons de nous lever le lendemain à 3 h 15 et d'escalader, à pied bien sûr, un des nombreux sommets à plus de 5000 mètres qui entourent le lac. Cette entorse au VTT nous offre une vue imprenable sur un ultime et somptueux lever de soleil sur la cordillère royale, juste avant notre retour en France... et avant de nouveaux voyages.
 
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