A la limite du cercle polaire arctique, l’Islande, seconde île d’Europe par la taille, étend ses 102 846 Km carré. Zone désertique recouverte principalement de volcans, de champs de lave, de sable et de glaciers, l’île n’offre qu’1% de terres cultivables et présente donc tous les atouts pour dix gaillards et un petit bout de femme en mal d’aventure. Notre objectif est la traversée de l’île du nord au sud, soit environ 300 kilomètres à parcourir en onze jours. Quand on a pour plus proche voisin le Groenland et que le nom même du pays a été retenu pour qualifier l’un des centres de basses pressions les plus caractéristiques de la planète, on peut légitimement s’attendre à des météos exécrables malgré l’influence apaisante du Gulf Stream. Nous ne fûmes en l’occurrence pas le moins déçu. Notre arrivée en fin d’après midi le vendredi 29 mars s’effectue en deux vagues à une heure d’intervalle. En provenance de Frankfort pour les Alsaciens du groupe et de Paris pour le reste de la bande. Bourrasques de neige et température de moins deux degrés nous mettent directement au parfum. Le terminal de l’aéroport de Keflavik, malgré sa structure résolument moderne ne manque pas de gueule. Leifur, solide gaillard se présente à nous, il sera notre guide pour la traversée. Il parle un français chantant avec ce solide accent du cru qui caractérise la langue du pays. Inchangé depuis près de douze siècles, issue directement du rameau scandinave elle a pour particularité d’avoir bien peu évolué depuis l’époque des vikings et des sagas. C’est une vibration sonore sourde et gutturale qui n’inspirent aucune concession. Ce sont des mots qui roulent dans l’arrière gorge et semblent se culotter à l’ombre des volcans avant d’être éructer. Premier contact avec la démesure locale, le 4*4 qui nous attend pour nous amener à Reykjavik, distante d’une cinquantaine de kilomètres. Ce monstre Hybride semble être issu du croisement contre nature d’un véhicule de l’avant blindé et d’un gigantesque coléoptère. Grâce à un jeu de cales et de suspension la caisse de l’automobile présente une garde au sol de plus de cinquante centimètres, des pneus d’engin de chantier et la furieuse impression d’un solide tempérament. Un marche pied est nécessaire pour accéder à l’habitacle. Nous ne tarderons pas à comprendre que l’outrance du véhicule trouve toute sa raison d’être au contact des nombreux gués à traverser et des pistes enneigées. Notre premier arrêt sera à " l’Everest ", magasin de sport situé dans une Zup de la capitale. Réception du " paquetage ", entendez par là les pulkas, les skis, bâtons et chaussures. Nous nous partageons également une profusion de barres chocolatées en prévision des coups de pompe. La pulka, consiste en un mince traîneau de plastique d’environ 1,5 mètres de longueur pour une largeur de 80 centimètres et un poids de deux kilos. Nous allons la charger de près de quarante kilos de matériel et de nourriture, le tout dans une grande bâche de toile nylon, retenue par des sandows. En effet, en plus des douze kilos d’aliment indispensable à notre subsistance, soit environ 1 kg par jour et par personne, il faut compter le matériel de couchage, (tente, matelas isolant, sac à viande, etc.…), le nécessaire de cuisine, (bombonne de gaz, couverts, assiettes, bols), ainsi que nos effets personnels. Nous porterons de plus sur les épaules un sac à dos d’une trentaine de litres qui nous permettra de ranger quelques vêtements pour la journée, (polaire, gants de rechange, cagoule, masque de ski, etc.…), Les sandwichs et les barres de céréale, une gourde pour certain ou une nourrice pour d’autre, sans devoir accéder à chaque arrêt au contenu de la pulka. Les skis de raid nordique sont un peu plus larges que des skis de fond traditionnel, mais plus fin et plus léger que des skis de randonnée. Les fixations qui s’adaptent dessus sont assez archaïques et ne sont pas sans rappeler les anciennes fixations qui équipaient nos skis de fond il y a une vingtaine d’années. Il suffit d’enchâsser le bout de la chaussure, qui déborde volontairement de deux, trois centimètres, dans la plaque métallique qui compose la fixation et de serrer-le tout par-dessus à l’aide d’un levier muni d’un cliquet à deux positions. Pour aider à la tenue de l’ensemble les pointes avant des semelles ont des petits trous qui viennent se positionner dans autant d’ergots placés sur la plaque de fixation. Etant donné la particularité propre à ses skis et aux fixations qui sont installées dessus, nous n’avons pas pu obtenir en France le modèle de chaussures correspondant à nos besoins. Ce fut sans nul doute le plus gros écueil de notre préparation. Nous avons du louer des chaussures neuves qui pour la majorité d’entre nous se sont révélées être une source de douleurs, et d’inconfort important. Une fois équipées, nous chargeons le 4*4 et partons en direction d’Akureyri. Vitesse moyenne 80 km Petite halte en route pour nous restaurer dans une pizzeria et poursuite du trajet. 432 km d’une route partiellement enneigée qui traverse des villages sans grandes personnalités sinon des petites chapelles aux toits de couleur qui, éclairées de l’intérieur, scintillent dans la nuit comme autant de refuges rassurant. Le temps reste médiocre, rafales de vent, pluie et neige mêlés. Nous arrivons dans une " guest house " d’Akureyri vers 1h30 du matin.