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Lundi 1 avril : Réveil à 6 h 00 dans un véritable blizzard, tempête de neige, vent à plus de trente mètres seconde et visibilité très médiocre. Le baromètre descend rapidement depuis hier et les prévisions sont pessimistes. Nous attendons en rongeant notre frein jusqu’à midi. Les conditions sont tellement exécrables que je manque de me perdre entre les toilettes qui sont situées à l’extérieur et le refuge. Cinquante kilomètres nous séparent du prochain gîte. Quand nous avançons bien, nous faisons du quatre kilomètres heure. Dans ce temps, il est exclu d’espérer avancer à plus de deux kilomètres heure. Deux solutions s’offrent à nous : soit partir dans la tempête pour essayer de faire le plus de chemin possible avant de planter la tente et terminer sous un toit le surlendemain, soit de patienter à l’abri en espérant le passage du front dans la journée et se réveiller très tôt le lendemain pour espérer rejoindre le refuge en une seule étape. Les avis sont bien partagés. Puisque personne n’est fermement décidé à rester, le départ dans la tourmente se fait vers 13 h 30 dans une ambiance dantesque. Bonheur, nous sommes soutenus dans notre progression par un vent de trois quarts arrière. Celui-ci ne tarde pas à tourner à notre désavantage. En fait, Si le temps ne nous plait pas, il suffit d’attendre une vingtaine de minutes pour qu’il empire franchement, c’est une constante invariable du climat islandais que nous ne tardons pas à prendre en compte. Le brouillard se met de la partie et la visibilité tombe par moment à moins de cent mètres. Les rafales de vent, relevées à l’anémomètre, atteignent par instant trente cinq mètres par seconde. Il n’y a que sous ces latitudes que l’on peut observer ce phénomène. Des vents très forts et des visibilités nulles. Mes ampoules me font atrocement souffrir. Le compeed, même dans sa taille la plus grande s’avère trop petit pour recouvrir les plaies. Chaque pas est un calvaire et me tire un gémissement. Hervé, particulièrement en forme, me soulage de ma pulka. Il faut le voir dévaler les rares descentes suivi par les deux pulkas attachées l’une derrière l’autre. L’emplacement des tentes est enfin choisi, une rare accalmie se présente, il faut en profiter. Les tentes ne sont pas sitôt déballées que le vent reprend de plus belle. Les monter dans ces conditions révèlent des talents d’acrobate. Nous montons une toile après l’autre, puis nous édifions un mur de neige pour protéger le campement des vents dominants. A tout bien réfléchir, où que nous soyons sur cette terre, nous sommes pour quelques-uns toujours au bout du monde, mais ici nous avons la nette impression de l’être un peu plus qu’ailleurs… Notre première nuit sous tente est épique. Les surprises sont remises au lendemain. Leifur qui s’est chargé seul de préparer le repas vient nous servir de tente en tente notre pitance dans la tornade. Nous avons en sa présence un guide premier choix. Toute la nuit le vent continuera de souffler. La toile claque. La condensation nous tombe dessus. La température sous abri est en fait très acceptable, de zéro à moins quinze tout au long du séjour, et c’est justement là, curieusement, que le bas blesse. Nos sacs de couchage prévus pour des températures beaucoup plus hivernal au cas ou nous serions dans l’obligation de bivouaquer, s’avèrent beaucoup trop chaud pour l’espace exigu des tentes que nous réchauffons très vite de notre présence. Etant donné que les conditions météos nous interdisent de réaliser le courant d’air qui serait salutaire, nous nous réveillons invariablement trempés par la condensation. De plus le montage des tentes dans la tempête ne nous a pas permis de réaliser parfaitement celui-ci. Additionné au vent, la toile extérieure touche par endroit le tissu intérieur. Au point de contact l’eau ne tarde pas à passer et nous avons droit par endroit à quelques gouttières improvisées. |
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