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Lundi 8 avril 2002 : Avant dernier jour du périple. Le départ du refuge se fait à 0800 h pour ce qui sera la plus longue étape du raid. La montée initiale s’effectue par la " piste de luge " de la veille. Il a neigé toute la nuit et il est hors de question de gravir cette pente skis aux pieds. C’est donc déchaussé, avec les skis arrimés à la pulka et les bâtons en main que nous attaquons la journée. Nous avons de la neige jusqu’aux genoux et nous tirons tant bien que mal le traîneau le long de la pente. Cette fraîche et épaisse couche de neige ne va pas faciliter notre progression. La dénivelée de 600 mètres que nous allons avaler d’ici midi nécessitera l’emploi des peaux et un peu de courage. Le temps est resté relativement clément durant cette étape et si nous ne voyons le soleil que de brefs instants, le plafond reste haut et le vent modéré, ce qui pour l’Islande doit correspondre au grand beau… Les montées en dévers dans des boyaux chargés de neige fraîche avec ce diable de traîneau qui verse plus souvent qu’à son tour et menace à tout instant de nous faire dévaler en sens inverse la pente, reste un souvenir marquant qui n’est pas sans rappeler le mythe de Sisyphe. Brouillard et vent font néanmoins leur apparition en milieu de journée mais jamais de façon continue. La pause déjeuner s’effectue dans le plus beau gîte de la traversée. Imaginer un refuge tout en bois, peint en vert, au toit à forte pente complètement recouvert par la neige et enchâssé dans un vallon splendide. Légèrement en hauteur, puisque établi en pente, il offre un point de vue splendide sur le col du versant opposé et semble réellement perdu au bout du monde. Une impression de solitude et d’extrême sauvagerie se dégage de l’ensemble aidé en cela par les bourrasques de neige tourbillonnantes et le vent qui fouette le paysage. Beaucoup de descentes durant l’après midi, dont certaines en dévers sur des pentes très inclinées. La neige sur ce versant est beaucoup plus dure mais heureusement pas gelée. Il est interdit de tomber au risque de dévaler, entraîner par le poids de la pulka, plusieurs centaines de mètres sans espoir d’enrayer la chute. Je pense que nous vivons ici, avec nos descentes de rivières en pleines débâcles, les limites d’insécurité que nous impose le périple. Etape longue de douze heures que nous passerons à porter, à tirer, à laisser glisser tant bien que mal notre chargement en évitant à tout prix la chute. Non, décidément les descentes ne sont pas plus faciles que les montées. Nous déambulons dans une immensité de montagnes et de neige. L’Islande, en cette avant dernière journée, nous offre son plus beau visage mais certainement pas le plus facile. Leifur casse un de ses skis peu après notre pause déjeuner, ce qui le contraint de couper à pied au plus court pour suivre la progression du groupe ; sacré bonhomme. Dernier refuge du parcours, dernières surprises, dernières émotions et déjà dernière journée qui se profile d’un périple qui fera date dans ma mémoire. On distribue en guise de récompenses symboliques des pulkas d’or, de bronze et d’argent, mais c’est à vous tous que j’adresse des pulkas de tendresse et d’amitié pour ces moments de joie et de galère partagés en commun. |
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